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Côte d’Ivoire-Kéita Alima (survivante de la tuberculose osseuse) : « J’ai cru mourir (…), mais aujourd’hui, je vis… »

Abidjan, le mercredi 29 avril 2026(LDA)-Kéita Alima a frôlé la mort. Diagnostiquée d’une tuberculose osseuse en 2021 après son accouchement en 2020, elle a traversé paralysie, abandon conjugal, opérations chirurgicales et longue hospitalisation. Déclarée guérie en 2025, cette jeune femme de 35 ans incarne aujourd’hui un message d’espoir selon lequel la maladie peut être vaincue. Pour la première fois, elle revient sur son combat.

LDA : Quand avez-vous été dépistée malade de la tuberculose osseuse ?

Kéita Alima : Il a fallu du temps avant de savoir de quoi je souffrais exactement. Et donc, la maladie m’a paralysée. J’ai commencé a ressenti des douleurs pendant ma période de grossesse en 2020. Après l’accouchement, je ressentais toujours les mêmes douleurs jusqu’à ce que je sois atteinte d’une paralysie. Il y a eu des analyses, mais on ne trouvait pas la cause des douleurs. C’est après plusieurs examens, que j’ai été diagnostiquée tuberculeuse osseuse en 2021. Je ne savais pas que cette maladie existait. J’entendais parler pour la première fois de ma vie. J’ai été immédiatement internée au CHU de Cocody pour une prise en charge. D’autres analyses ont suivi et par la suite, j’ai commencé à suivre un traitement avant une intervention chirurgicale.

LDA : Quel sentiment avez-vous eu en ce moment précis de votre vie ?

Kéita Alima : La mort. Oui, j’ai pensé à la mort. Je ne pensais pas m’en sortir, car je ne connaissais pas cette maladie. Et puis au début, selon ce qui se racontait, on ne pouvait pas espérer en guérir. Quand tu apprends que tu as la tuberculose, et surtout une forme osseuse ; cela faisait peur.

LDA : Quelle a été la réaction de votre entourage (enfants, parents, amis etc.), surtout de votre mari ?

Kéita Alima : Une fois que j’ai été diagnostiquée de la tuberculeuse osseuse en 2021, le père de mon enfant qui était mon mari a décidé de mettre fin à notre relation. Non à cause des dépenses que cela induisait, mais plutôt par crainte de la maladie. Il n’avait pas l’information que la tuberculose osseuse n’était pas contagieuse. A mon niveau aussi, il était difficile de lui expliquer que la maladie n’était pas contagieuse, puisque je la découvrais pour la première fois. Il m’a dit de quitter la maison. Je suis partie avec mon fils qui avait 1 an. En revanche, j’ai pu bénéficier de l’aide de ma famille. Mes parents ne m’ont pas laissé tomber. S’ils avaient agi comme le père de mon enfant, je ne serais pas là aujourd’hui à raconter mon histoire. Ils sont allés me chercher, et me ramener en famille en décidant de veiller sur moi. Je suis allée à l’hôpital avec leur aide. Ma grande sœur, et mon petit frère qui vivait au Maroc m’ont soutenue. Je n’oublie pas mes petites sœurs qui veillait sur moi à tour de rôle à l’hôpital.

LDA : Comment entamez-vous votre processus de guérison ?

Kéita Alima : Au début de la maladie, j’ai été amenée à faire beaucoup d’analyses, avant de commencer à prendre les médicaments. Il y avait des analyses que je ne comprenais pas, puisque moi je n’avais plus espoir que j’allais vivre encore. Les médecins me prélevaient du sang et du crachat pour des analyses, avant que je ne prenne les médicaments. J’ai subi deux opérations chirurgicales. La seconde m'a conduite en réanimation. C’est 6 mois après que je suis rentrée à la maison. Mais, je repartais chaque mois pour chercher les médicaments.

LDA : Durant ce processus, comment était votre quotidien à la maison ?

Kéita Alima : Dans cette période, c’était difficile d’avoir le sourire. Malheureusement, je ne mangeais pas avec les autres parents. Je comprenais cela, puisque généralement, le malade mange seul, parce qu’il a une alimentation spéciale.

Aviez-vous un repas spécial et même une boisson spéciale ?

Kéita Alima : J’étais censée manger un peu de tout, mais je n’avais pas l’appétit. Je m’alimentais très peu, même si on me forçait à manger le riz, le foutou, l’attiéké et surtout le placali. Je buvais beaucoup d’eau et aussi des jus de fruit.

Après combien de temps avez-vous été déclarée guérie et comment recevez-vous cette bonne nouvelle ?

Kéita Alima : Dans mon cas, puisque ça prit du temps, avant qu’on ne découvre que j'avais la truberculose osseuse ; c’est à partir de 2022 que je suis véritablement un traitement d’antibiotiques contre la maladie. Dans mon processus de guérison, j’ai eu à faire un long traitement, puisque le microbe était installé dans les os. Finalement, c’est en 2025 que j’ai été déclarée guérie de la tuberculose osseuse et jusqu’à ce jour je me sens bien. Je ne fais plus la maladie. J’ai fait un bilan sanguin et une Imagerie par Résonance Magnétique (IRM). C’est le médecin traitant qui m’a annoncé que je suis guérie de la maladie au CHU de Cocody. J’ai appelé ma grande sœur qui était avec moi durant cette épreuve difficile. Lorsque je suis arrivée à la maison, c'était la joie. Les jours qui ont suivi, nous avons fait une petite fête pour célébrer ma guérison, car je revenais de loin

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LDA : Aujourd'hui vous êtes guérie, quel est votre message aux femmes et aux hommes qui vivent la situation que vous avez vécue ?

Kéita Alima : Je voudrais leur dire de tenir bon et de ne pas arrêter la prise des médicaments, parce que ce sont les médicaments qui leur donneront la guérison. J’encourage tous les malades tuberculeux, mais surtout ceux souffrant de la forme osseuse que j’ai eue. Ils doivent toujours garder espoir. Aujourd’hui, ils ont plus de chance que nous à l’époque où je faisais la maladie. Il y a TB People, Alliance Côte d’Ivoire et surtout Le Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT) pour les accompagner dans leur processus de guérison et bien d’autres organisations. Il faut qu’ils soient courageux et garde espoir. Idem pour les malades de la tuberculose pulmonaire. C’est vrai que cette forme est contagieuse, mais il est plus facile d’obtenir la guérison avec le traitement, surtout que les médicaments sont gratuits. Ils doivent suivre leur traitement pendant 6 mois, selon les consignes du médecin traitant. Ils ne doivent pas se préoccuper de ceux qui les stigmatisent. Ils doivent s’intéresser uniquement de leur guérison.

LDA : Que pouvez-vous dire également à vos proches pour leur soutien ?

Kéita Alima : (Emue)-Je voudrais dire merci à tout le monde, surtout ma grande sœur qui m’a été d’une aide incommensurable et tous mes autres frères et sœurs ainsi que ma tante. Ils ne m’ont pas abandonnée. J’ai beaucoup de chance de les avoir.

LDA : Dans cette épreuve, qu’avez-vous dit à Dieu ?

Kéita Alima : Quand j’ai été déclarée guérie, le lendemain j’ai pris deux semaines de jeûne pour remercier le Seigneur, parce qu’Il a été avec moi durant cette épreuve.

LDA : Avez-vous des séquelles ?

Kéita Alima: Souvent, j’ai des douleurs, parce que la maladie a laissé des séquelles. Je prends donc des médicaments pour les nerfs chaque soir. Je suis interdite de pratique de sports à l’exception de la natation.

LDA : Avez-vous eu des moments intimes depuis votre guérison ?

Kéita Alima : Non. Mais, le médecin m’a donné l’autorisation de faire tout ce que je veux. Pour le moment, j’ai décidé d’attendre. Psychologiquement, je ne suis pas encore prête.

LDA : Participez-vous à des actions de sensibilisation, afin de briser les stéréotypes que vivent de nombreuses personnes malades de la tuberculose ?

Kéita Alima : Oui, je suis toujours aux activités de notre association TB People, afin de sensibiliser et surtout encourager les patients à surmonter les stigmatisations et leur dire qu’on peut guérir de la tuberculose qu’elle soit pulmonaire ou osseuse. Nous avons eu une journée de sensibilisation à la Protection Maternelle et Infantile-PMI de Yopougon, recemment, à laquelle j’ai pu participer.

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LDA : Avez-vous un message particulier à l'endroit de TB People, l’ONG Alliance Côte d’Ivoire et la population ?

Kéita Alima : J’ai cru mourir d’une maladie que je ne connaissais pas, mais aujourd’hui, je vis grâce au traitement et à Dieu. C’est pourquoi, je voudrais dire merci à toutes ces organisations, qui œuvrent à aider les malades de la tuberculose. Si, je les avais connues dès les premiers moments de la maladie, cela aurait pu être facile pour moi. J’encourage ces organisations à continuer leurs actions en faveur des tuberculeux sur tout le territoire national. A l’endroit de la population, j’aimerais souligner qu’il faut aller à l’hôpital dès que vous avez une toux au-delà de deux semaines. Cela pourrait vous sauver ainsi que votre entourage, s’il s’agit d’un cas de tuberculose pulmonaire, surtout que les examens sont gratuits. Au niveau de la tuberculose osseuse, si vous ressentez de fortes douleurs au dos, et que vous commencez à perdre l’appétit, en plus d’être tout le temps anémié ; le mieux est de vous rendre à l’hôpital pour des examens approfondis. Ce sont des symptômes qui pourraient laisser croire qu’il s’agit d’une tuberculose osseuse. La particularité avec la tuberculose osseuse, une fois que c’est vite découvert, vous n’avez pas besoin de faire des opérations chirurgicales ; il suffit de suivre un traitement aux antibiotiques et vous pouvez en guérir. Mais quand c’est tard, vous serez obligé de subir des opérations chirurgicales en cas de paralysie, avant de remarcher.

 

Auteur: Daniel Coulibaly